Juillet 2020 :
lignes…

L’horizon désigne la ligne qui, au regard d’un observateur placé au centre du paysage, semble séparer le ciel de la mer ou de la terre. Ligne courbe qui donne l’impression d’un univers délimité, sphérique, clos sur lui-même. Par un étrange renversement, l’horizon s’est mis à signifier l’espace sans limites déterminables qui s’ouvre à la pensée.

Ces deux significations contraires se rejoignent dans la notion d’horizontalité. Celle-ci désigne la situation d’une surface plane parallèle à la ligne de l’horizon. L’horizontalité ouvre à la pensée un espace à la fois rigoureusement circonscrit et potentiellement illimité. Internet en est l’illustration. Contraignant les internautes à suivre les voies de navigation algorithmiquement prédéterminées, Internet casse la verticalité hiérarchique et ouvre l’accès à ceux qui choisissent d’y figurer et y surfer.

L’horizontalité pourrait aussi caractériser notre civilisation occidentale mondialisée. La communication lisse les événements, privilégiant l’effet scoop à la sélection réfléchie. Les politiques polémiquent en restant sur le même plan, en concevant systématiquement le meilleur comme un « contre ». Les marques, grandes et petites, s’entre copient entraînant les individus au conformisme mimétique. Les sciences, considérées comme le sommet de la connaissance du réel, sont érigées en juges du présent et en sauveurs du futur. Que notre unique horizon devienne la sauvegarde de la planète, cela n’est guère étonnant. Nos aspirations ont perdu toute verticalité, nos idéaux sont littéralement terre à terre.

Aristote décrit l’homme comme le seul animal à avoir la tête dans l’axe de l’univers. La posture physique signale, selon lui, la présence de l’esprit. Foyer actif, énergétique, l’esprit est ce souffle venu d’ailleurs – d’on ne sait où – qui inspire la pensée. Par sa verticalité, l’être humain peut percer de son épée critique les idées reçues, voir au-delà des apparences, imaginer l’impossible et le créer. Par sa verticalité, l’être humain peut s’élever au-dessus de sa condition limitée, ressentir l’infinité des choses qui le dépassent, se relier à leur mystère au lieu de s’épuiser à le nier ou à le dévoiler. La ligne de l’homme est celle d’un être fini qui porte en lui l’infini. Retrouver cette ligne par-delà toute croyance métaphysique est le premier pas vers le déconfinement de nos esprits.

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