Février 2021 :
les vertus d’un certain « non »

« Non » est la réaction de l’enfant qui cherche à se distinguer de son entourage pour tracer les premiers contours de son identité. « Non » est aussi la réaction de celui qui confond l’exigence critique avec le rejet irréfléchi de toute option nouvelle. Entre ces deux « non » se situe la ligne clignotante de notre liberté. Liberté dépendante des déterminismes hérités et des contraintes environnantes. Liberté qui réside dans notre pouvoir de déplacer les frontières, d’assouplir les angles, de créer du nouveau à partir et au-delà de l’existant.

Le « non » de la liberté est difficile autant à produire qu’à dire. Difficile à produire, car il suppose le repérage de ce qui est essentiel pour nous, de ce sur quoi nous ne voulons pas transiger, sur ce qui, en somme, constitue notre colonne vertébrale existentielle, l’axe qui nous permet de rester debout et en équilibre. Difficile à dire, car il nous expose aux réactions et aux interprétations des autres, aux autres auxquels nous ne souhaitons pas déplaire quand nous ne sommes pas mus par le désir délirant de plaire, voire d’être aimés de tous. Difficile à produire et à dire, ce « non » l’est parce qu’il suppose un travail de clarification qui passe par le dialogue avec soi-même et l’attention aux mots justes.

Il reste que ce « non » est la condition nécessaire de l’émergence de nos « oui » authentiques. Comme la racine du terme l’indique, est authentique ce dont nous sommes les « auteurs », ce qui a sa source dans notre réalité singulière, ce qui exprime notre personnalité ondoyante et diverse. Repousser ce qui nous trahit, c’est ouvrir la voie à ce qui, en nous respectant, nous enrichit. Cela vaut autant pour notre histoire personnelle que pour notre trajectoire professionnelle. Car notre vie professionnelle ne contribue à notre réalisation que si elle ne contrerie pas nos aspirations personnelles. Car notre vie affective peut dangereusement pâtir du désordre des « oui » qui flottent à défaut d’être ancrés dans ce dont nous ne voulons pas.

La liberté pourrait être décrite comme l’usage vertueux des « non » et des « oui ». Avant de désigner une qualité morale, la vertu signifie la force. Pour notre confort durable, pour ce qui rend fort notre accord avec nous-même, nous avons à supporter l’inconfort passager des contrariétés que nous pouvons rencontrer, en nous sondant d’abord, en nous exprimant ensuite.

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