Août 2026 :
S’adapter ?

L’adaptation est une nécessité vitale. Les espèces qui n’ont pu improviser un nouveau comportement lors d’un changement environnemental ou/et climatique ont disparu. La préhistoire et l’histoire humaines pourraient être décrites comme une suite d’adaptations successives. L’invention d’outils pour modifier utilement les données présentes est adaptation créatrice qui aboutit à la découverte de l’énergie nucléaire et aux technologies du virtuel. La perfectibilité, dont Pascal et Rousseau font le trait distinctif de l’humanité par rapport à l’animalité, est la source du progrès. Parallèlement à celui-ci, l’Homo sapiens que nous sommes depuis environ 42 000 ans, est sujet malgré lui à des modifications morphologiques dues à son mode de vie, d’alimentation et de locomotion. 

Ce qui vaut pour l’espèce vaut en partie pour l’individu. Tout être humain est surpris autant par le lot héréditaire de son être que par les événements de sa vie. Seule l’aptitude à traiter utilement ces données permet à l’individu de conquérir sa relative autonomie et d’imprimer un sens personnel à son existence. La question cruciale, ici, est la définition et le choix de ”l’utile”. Est-ce le plus facile, le plus immédiat, le plus communément conseillé ou est-ce le plus contributif à la construction de satisfactions moins aisées, moins communes mais davantage structurantes de la personnalité ? Pour la forme physique, faut-il suivre les modes esthétiques, alimentaires, voire médicales, ou être plutôt attentifs à la norme de notre corps singulier ? 

L’adaptation n’est ni résignation ni habitude. Se résigner, c’est se plier face à ce que l’on estime insurmontable. S’habituer, c’est se laisser mener par le mécanisme d’une routine. Dans les deux cas, c’est subir. Or s’adapter exige discernement, espoir et créativité. Discernement pour comprendre la situation et soi-même en situation. Espoir pour sentir l’ouverture des possibles. Créativité pour répondre à partir de soi à des circonstances indépendantes de soi. L’adaptation est régie par l’exigence de liberté. Ne pas s’adapter à un régime tyrannique, à un travail dégradant, à une structure familiale malsaine, c’est adopter une conduite en adéquation entre, d’une part, ses besoins psychiques et spirituels fondamentaux et, d’autre part, un contexte jugé provisoirement immodifiable. Résister à ce qui nous use et détruit est une manière paradoxale de s’adapter en s’inadaptant. Notre adaptabilité se mesure aussi à notre aptitude à réaliser désadaptations et inadaptations salutaires. Elle est commensurable à notre liberté.

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