Juillet 2026 :
L’improbable ?

L’improbable se définit par rapport à ce qui est connu, il est ce qui, suite au recensement d’un certain nombre d’informations, a peu ou presque pas de chances d’advenir. Défiant nos statistiques prévisionnelles et suscitant notre surprise, l’improbable porte la marque de l’insolite, voire de l’extra-naturel. L’accident qui fauche un individu dans une zone sécurisée est accueilli comme une malédiction. L’unique rescapé d’une catastrophe aérienne revêt les traits d’un miraculé. Pourtant, sur le plan historique, l’improbable marque des étapes décisives. La chute du Mur de Berlin en 1989, réalisée suite à une information annonçant une relative facilitation du passage d’Est en Ouest, a changé la face politique de l’Europe. La destruction des Twin Towers le 11 septembre 2001, survenue malgré les réseaux serrés des services de renseignements, a initié, par son imprévisibilité terrifiante, l’entrée au 21ème siècle. 

L’improbable jaillit de la vie qui, entre ses deux données irréductibles, la naissance et la mort, poursuit un cours jalonné d’inattendus et de surprises. Il atteint une haute intensité avec l’aventure humaine tissée d’un entrecroisement de relations et d’interactions qui se dérobent à la causalité linéaire. Inhérent à la vie et au devenir des affaires humaines, l’improbable ne se laisse guère capturer par les auteurs de science-fiction. Leurs récits futuristes concernent tous les inventions et découvertes générées par les progrès technologiques, ils projettent dans l’avenir les potentialités lovées dans le présent. Ils surfent sur la vague du possible et, sans doute, l’intelligence artificielle sera – ou est déjà ? – une excellente source de futurologie. En revanche, nos existences sont souvent marquées par des rencontres inimaginables, par des synchronicités incroyables. En cherchant à expliquer ces événements dans l’après-coup, notre raison tombe dans le piège de l’illusion rétrospective qui explique le fait surprenant en inventant des chaînes causales imaginaires. 

L’improbable, heureux ou/et malheureux, magistralement mis en scène par Shakespeare (et son principe philosophique « the unexpected always happens »), puise sa source dans la réalité la plus mystérieuse qui soit : l’apparition d’êtres vivants dans un univers minéral. L’improbable rencontre de certaines particules dans des conditions atmosphériques déterminées a fait émerger le premier être monocellulaire. Puis, par sauts eux-mêmes improbables, la vie a généré l’être hypercomplexe que nous sommes. Rappelant ce fait, confirmé par de nombreux scientifiques, Edgar Morin nous enjoint d’apprendre à attendre l’inattendu. Il ne s’agit pas de négliger les réflexions prévisionnelles mais d’intégrer l’incertitude dans nos esprits et dans nos cœurs. L’avenir est ouvert. Ce qui est vivant fait toujours irruption, perforant la routine, trouant la chaîne causale, apportant du tout nouveau. Faisons confiance à la vitalité de l’improbable en suivant Yves Bonnefoy qui lui consacre un recueil de beaux poèmes : « Je dédie ce livre à l’improbable, c’est-à-dire à ce qui est ».

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