Février 2026 :
La vie politique ?

Relative à tout ce qui a affaire à l’organisation de la vie d’une société, la politique renvoie conjointement à des institutions et à des pratiques. Les institutions définissent le régime, les principes fondateurs de cette organisation. Les pratiques coïncident avec les comportements des citoyens, gouvernants et gouvernés. Si la caractéristique principale d’un État de droit est de limiter, par ses institutions, son pouvoir dans le but de protéger les citoyens des abus que, livré à lui-même, il pourrait commettre, les pratiques des citoyens, gouvernants et gouvernés influencent à leur tour les institutions. Montesquieu distingue entre la nature d’un gouvernement, son régime, et son principe, les passions humaines qui le font mouvoir. La politique résulte de l’interaction entre institutions et forces motrices. La vie politique est tissée par le va-et-vient permanent.

Il est évident qu’il vaut mieux vivre en démocratie qu’en despotisme. Mais cette évidence pourrait évincer une question cruciale : quel est le principe de nos démocraties ? À la vertu qui fut, selon Montesquieu, le moteur des démocraties anciennes, Tocqueville substitue la passion de l’égalité qu’il estime insatiable et irréversible. Si le penchant égalitaire persiste en étant exacerbé par les partis populistes. Si ce penchant est inséparable de l’individualisme croissant et de l’indifférence à l’égard de l’intérêt général, n’est-il pas accompagné d’une passion nouvelle, la colère ? Si la colère d’un peuple contre un système tyrannique est justifiée et salutaire, celle qui gronde dans nos démocraties est-elle de même nature ? Contre la tyrannie, toutes les protestations s’unissent en un seul courroux, générateur de résistance et d’actions pour renverser un ennemi commun. Dans les démocraties actuelles, à défaut d’une entente sur la cible, les colères sont plurielles, hétérogènes, dispersées, anarchiques. La politique démocratique souffre d’une effervescence stérile qui bloque l’action. Cette agitation inféconde est autant celle des gouvernants que des gouvernés.

La politique, alimentée par les divergences et les irritations réciproques non mises en discussion et donc non pensées, tue la vie politique. La vie est évolution créatrice qui surmonte infatigablement les problèmes que l’environnement lui pose en transformant les tensions en nouvelles solutions. Vivre, pour un animal parlant et pensant, c’est exister, c’est-à-dire penser sa vie en lien avec les autres, en l’inscrivant dans un contexte social qui protège et favorise à la fois la liberté de mouvement et l’autonomie de la pensée. Entre, d’une part, politiciens de moins en moins cultivés et déconnectés des réalités et, d’autre part, citoyens de plus en plus ignorants du fonctionnement des institutions, les colères crachent le feu d’un rejet systématique. Le tableau de bord de la démocratie moderne reste vide entouré des nuages de l’inconscience. Mais, peut-être, la démocratie a-t-elle besoin de mourir pour renaître, tout autre, plusieurs siècles plus tard ? Vingt-deux siècles séparent la démocratie athénienne de la démocratie née des Révolutions…Un long temps de régimes absolutistes ne sépare-t-il pas la démocratie athénienne de celle qui a émergé de la pensée des Lumières ?

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