Avril 2026 :
La médecine ?

Art de soigner les maladies, la médecine est la pratique la plus vieille du monde. Les atteintes subies par le corps sont inséparables des vicissitudes de la matière, exposée aux agressions, soumise à l’usure et vouée à périr. Connue par les images et les écrits découverts en Égypte, en Perse et en Chine, la médecine prend le visage qu’on lui connaît aujourd’hui avec l’école hippocratique et l’ensemble de traités présentant méthodiquement observations, diagnostics, prescriptions, opérations chirurgicales, recettes pharmaceutiques et considérations sur la relation entre le médecin et son patient. L’intérêt du malade et le respect de la vie constituent les principes éthiques de cette pratique qui, au moment où la philosophie se définissait comme une science, s’affirme résolument comme un art. À la différence de la science qui fonde la vérité de ses connaissances sur la preuve, la médecine se définit comme une approche empirique, tâtonnante, recherchant les techniques appropriées à chaque situation.

Aujourd’hui, la médecine dispose d’un extraordinaire outillage technique en progrès croissant. Là où le médecin antique palpait le corps pour en deviner le mal, les technologies actuelles pénètrent en tous ses recoins et rendent visibles ses moindres défaillances. Là où le médecin était un généraliste de l’humain contraint à comprendre le fonctionnement d’un organisme singulier, le médecin actuel est le spécialiste d’un organe, voire d’un aspect organique particulier. Et comme le corps morcelé arrive au médecin par l’imagerie qui le rend visible, l’individu disparaît au profit de son abstraction. Alors qu’elle ne saurait être une science vu qu’elle s’occupe d’individus, la médecine occidentale a cessé d’être un art. Car elle soigne la partie sans le tout. Or il arrive que le tout résiste au soin de la partie. Parce que la partie porte souvent le poids du tout – de son histoire et d’un souci qui échappe au diagnostic rationnellement mené. Je suis mon corps, disait Merleau-Ponty pour souligner l’unité de l’être humain, conscience et corps tout à la fois, corps conscient, conscience incarnée.

Le recours aux thérapeutes non conventionnels exprime le désarroi de l’individu dont le mal persiste ou est insuffisamment traité. Acuponcture, homéopathie, étiopathie, naturopathie… Le refus de reconnaître l’efficacité pourtant réelle d’un nombre important d’interventions parallèles exprime la préférence du médecin occidental pour la procédure plutôt que pour l’être de chair et d’esprit qu’est son patient. S’il arrive que des thérapeutes profitent de la détresse pour vendre une prestation douteuse, il arrive aussi que des médecins formés à l’abstraction fuient le rapport à la concrétude de l’humain malade. Ne faudrait-il pas enfin combiner médecine spécialisée et médecine holistique pour apporter à l’individu souffrant un soin qui tienne compte de lui en tant que personne ? Relier au lieu de dissocier ?

Partager cet article

La consultation philosophique

Renseignez ce formulaire
et je vous contacterai dans les meilleurs délais